Texte: François Van Hoenacker
Photo: Sébastien Roy

Jean Paul Gaultier : Témoignage d’humanité

Pour couronner sa soirée d’ouverture, le Festival Mode et Design sortait l’artillerie lourde, faisant appel à l’icône et légende vivante de la mode, Jean Paul Gaultier. Le brillant couturier, qui aura su bouleverser les idées préconçues et codes sociaux, présentait pour la toute première fois au Canada un défilé, qui fidèle à sa réputation, fut haut en émotions et coutures.

Sous le thème de « Bourgeoises sans âge », les mannequins vêtus des créations prêt-à-porter et haute couture du créateur défilaient et témoignaient par leurs différences de leur humanité. Le temps d’un défilé, la singularité de l’un et de l’autre, plutôt que d’isoler, rassemblait. Les dissemblances culturelles, plutôt que de s’opposer, se fusionnaient, créant quelque chose de plus beau, de plus grand. Sur la même passerelle et en simultané, Jean Paul Gaultier faisait défiler hommes et femmes aux physiques immaculés, comme pour affirmer et mettre sur un même
pied d’égalité la beauté traditionnelle et atypique.

Les créations vestimentaires évoquaient certaines des influences les plus marquantes du designer. Sous l’inspiration « James Blonde » de Gaultier, les hommes arboraient le tuxedo conjugué au pantalon wetsuit. Ceux-ci étaient complétés d’un gilet pare-balle, ou conjuguées au corset empruntée de la bond girl. Ce faisant, Jean Paul Gaultier, mariait la masculinité à la sensibilité et délicatesse féminine.

On retrouvait également les créations provocantes que le designer, irrévérencieux à ses heures, aimait appeler « prêt-à-baiser ». Certains symboles, comme le corset qui jadis symbolisait la domination de la femme, était réinterprété en objet sexuel pleinement assumé, témoignant de l’identité contemporaine et affranchie du sexe féminin.

Du même souffle, Gaultier faisait porter le corset à l’homme « boy toy » ,qui défilait au bras d’une femme de deux fois son aînée. Plus tard, Tanel Bedrossiantz arborait la robe et le voile de la mariée, réitérant une fois de plus le message social empreint d’égalité et d’humanité que prône le créateur.

Visitant et revisitant ses différents univers, passant de la renaissance à la modernité, évoquant au passage l’univers du Cinquième Élément, le designer effaçait la différence par ses vêtements. Une mannequin tatouée sur l’ensemble
de son corps, accompagnée par un modèle portant les créations aux milles motifs et imprimées, avait enfin pu grâce aux pièces inclusives de Gaultier, retrouver ses semblables.

Si vous n’avez pas eu la chance de voir en chair et en os le défilé de Jean Paul Gaultier, vous pourrez voir la sublime exposition consacré au couturier au Musée des Beaux Arts de Montréal, jusqu’au 2 octobre prochain.

Catégorie(s): Fashionweek