La mode : Vecteur de réflexion et sensibilité
Source : http://defile.uqam.ca
Texte : François Van Hoenacker

C’est au Centre de design de l’UQAM qu’avait lieu le défilé des finissantes en design de mode de l'École supérieure de mode de Montréal, le 20 avril dernier.

Ce type de présentation est toujours empli d’émotion et de fébrilité, marquant par l’entremise d’un défilé, la dernière étape du parcours académique des universitaires et designers. Pour ces huit finissantes en design de mode, c’était
aussi l’affranchissement et l’aboutissement d’une réflexion esthétique sur la création vestimentaire.

Les designers auront pu concevoir le vêtement oui comme un objet de consommation, mais également et surtout, comme un support de réflexion et de sensibilité sur leur environnement. Elles souhaitaient également, par ces expérimentations couturières, établir un dialogue sur la fonction, le rôle social et les valeurs véhiculées par le vêtement.

Marie-Ève Dion : L’aube me jette

Auront ainsi défilé les créations de Marie-Ève Dion sous la thématique intitulée L’aube me jette. Par ses vêtements, la designer souhaitait explorer son inconscient pouvant être révélé par l’entremise de l'écriture automatique. Elle
aura écrit un texte, dont les lettres les plus répétées, une fois agrandies, seront devenues ses patrons. Interprétée en trois dimensions, la lettre « e » devenait par exemple un patron permettant la création d’une veste, résultante du contenu de son inconscient. Les riches laines et tricots étaient interprétés dans des tonalités de beige, pêche ou évoquaient la couleur du graphite et se conjuguaient aux pantalons et jupes noires issues du même processus créatif inconscient. Véritable œuvre d’art, le parapluie (parfois translucide, parfois opaque, composé d’un nombre incalculable d’appliqués de différents accents de rose) réagissait à la lumière et sublimait encore davantage les pièces de la designer.

Sabrina Laferté : Sinaï, collection de vêtements, printemps-été 2013

Les créations de Sabrina Laferté s’inspiraient quant à elle de la rose des sables et des cycles que cette dernière traverse : le sable se cristallise, s'édifie peu à
peu pour enfin redevenir poussière. La designer souhaitait par les volumes des vêtements et ses matières transposer les formes et caractéristiques de cette roche du désert. Les couleurs des pièces présentées cadraient parfaitement
avec cette inspiration, se déclinant du beige, au blanc, puis au gris. La texture complexe des délicates créations tantôt sous forme de robes ou d’accessoires portés au cou évoquaient l’aspect fragile et délicat de la rose des sables, avec ses angles irréguliers et sublimes.

Carmen Popescu : Re-Comfort by Carms

La designer Carmen Popescu s’est quant à elle intéressée à la fonction réconfortante et sécurisante qu’assurent les poches dans la sphère vestimentaire. Selon la designer, le geste souvent irréfléchi de se mettre les mains dans les poches serait tout sauf banal et participerait à assurer l'équilibre, l’assurance et le réconfort. Chaque création de Popescu souhaitait aussi évoquer et procurer ces différents états et bienfaits : les matières employées dans
cette collection (lainages et cuirs) voulaient apporter le même réconfort que le dit geste. Les poches étaient réinterprétées par l’entremise de proportions démesurées et panneaux multifonctionnels, le tout dans un esthétisme
excessivement moderne et sublime.

Ariane Proteau : Ariane P. Collection Printemps-Été 2013

Une réflexion sur la beauté féminine aura inspiré la collection Printemps-Été 2013 d’Ariane Proteau. Dans sa démarche artistique, la designer aura appuyé ses recherches sur le corps humain et sur les notions de beauté et de non-beauté chez l’être humain et la femme. Selon la designer, dans la culture occidentale de la perception, le corps de la femme continue encore et toujours de fasciner. La thématique de la collection proposait une nouvelle façon de voir le corps humain, dénudé de stéréotype. La tonalité et les matières employées dans cette collection faisaient référence au corps et à la peau, tout comme les vêtements prêts du corps et ses coupes impeccables qui mettaient en valeur ses mannequins (j’ai craqué pour cette mannequin aux cheveux courts que j’avais également vu lors du défilé Signature du Collège Lasalle! J’ignore toujours son nom malgré mes recherches, si quelqu’un connaît son nom, veuillez l’indiquer ci-bas!).

Janet Chan : ABRIS (Vêtements pour sans-abri)

Ses multiples visites de centres d'entraide à titre de bénévole et observations sur le terrain auront appuyé et nourri les réflexions de Janet Chan. La designer, à la fois sensible et lucide, aura voulu créer une série de vêtements pour les sans-abri. Réitérant le caractère social que la mode peut avoir en tant que discipline artistique, ses créations s’insèrent dans une démarche plus globale qui aura pour objectif, à petite échelle, d'apporter une aide au problème de l’itinérance. Les couleurs neutres, l'imperméabilité des tissus, la résistance à l'usure et le faible coût de production auront été les critères pour cette gamme. Les brillantes créations évoquaient à la fois modernité et l’esthétisme des vêtements et uniformes utilitaires.

Isabelle Campeau : Entrecroisement & Série de vêtements

Pour la designer Isabelle Campeau, le design de mode, plutôt qu’un médium ou discipline artistique hermétique, procure un espace de réflexion artistique. Les créations d’Isabelle Campeau étaient caractérisées par la réinterprétation de certaines pièces classiques : la robe, la jupe et le trench auront été ici repensées d’une toute nouvelle façon. Les tonalités neutres des créations laissaient toute la place aux coupes et matières recherchées. La jupe, les bas et collants des mannequins, translucides et aériens, étaient tout simplement sublimes.

Brigitte Gros : ANTEVASIN Collection automne - hiver 2013

Pour la designer Brigitte Gros, la collection s’inspirait des femmes qui se reconnaissent comme hypernomades (Jacques Attali); qui sont en constant déplacement et qui n’ont aucun point fixe. Pour la structure du vêtement, les
recherches de Brigitte Gros se sont inspirées de l'architecture et de la culture nomade. Les motifs, également inspiré du même esprit, complétait de jolie façon les créations esthético-fonctionnelles et féminines de la designer. Les coupes et tonalités modernes, telles que le rouge et le noir, venaient compléter et enrichir encore davantage le propos couturier.

Ariane Valade : Gamine par Ariane

La collection d’Ariane Valade s’est inspirée de l'émerveillement associé à l'enfance, composé d’une série de vêtements à la fois ludiques et colorés. Ici, un tutu évoquait l’univers du ballet, là, un accessoire rappelait la barbe à papa, et puis il y a avait cette couleur rose bonbon et son chapeau-jouet de papier. Les formes et les couleurs issues du jeu et du rêve nous replongeaient le temps d’un défilé dans une époque qui trop souvent nous paraît étrangère et lointaine, celle de l’enfance.

Catégorie(s): Évènement